Karen Guinand, Maire de Genthod

Bonsoir à toutes et à tous,
Les salutations protocolaires ayant été effectuées, permettez-moi simplement de vous remercier pour votre présence nombreuse, en cette célébration gentousienne et belleviste de la fête nationale.
Le 1er août est bien sûr l’occasion de se replonger dans le passé, de se remémorer les origines de notre pays et de mesurer tout le chemin parcouru depuis 1291. Mais c’est aussi l’occasion de réfléchir aux défis de demain, lesquels sont malheureusement nombreux dans un monde économique et géopolitique incertain et de plus en plus polarisé. La nouvelle d’hier soir concernant les droits de douane américains n’en est qu’un dernier exemple.
Cette réflexion historique et future, Mesdames et Messieurs, j’aimerais l’articuler autour d’un concept, celui de la communauté. Car c’est bien une communauté qu’ont entérinée nos illustres aïeuls d’Uri, Schwytz et Unterwald en prononçant leur mythique serment sur la prairie du Grütli. J’utilise volontairement le terme « mythique », car cette cérémonie des tous débuts de la Confédération helvétique, tout comme d’ailleurs le tir de Guillaume Tell sur une pomme posée sur la tête de son fils, ou encore Winkelried se sacrifiant lors de la bataille de Sempach, sont – les historiens l’ont entre-temps démontré – des mythes. De fait, il s’agit d’« histoires » qui ont été largement inventées afin de rassembler les confédérés, de poser les bases d’une communauté forte et d’en assurer l’adhésion de toutes et tous.
Saviez-vous que le véritable Arnold Winkelried est né 90 ans après la bataille de Sempach ? Les participants à la sortie du Conseil municipal de Genthod en mai dernier, dont je faisais partie, l’ont en tout cas appris avec un étonnement certain ! C’est dire si ces légendes sont puissantes et ont joué le rôle voulu, celui de fédérer, de donner un sens commun. Nos ancêtres helvétiques ont bien compris qu’à plusieurs, on va plus loin. Mais attention, pas « à plusieurs » sous forme de discussions interminables où chacun défend son petit territoire comme un bailli jaloux de son clocher. Non, ensemble, au sens noble du terme. Avec des désaccords, oui, mais avec une volonté commune de bâtir quelque chose de plus grand que soi.
Venons-en, près de 7 siècles et demi plus tard, à la réalité d’aujourd’hui. La communauté n’a pas disparu, bien heureusement, mais force est de constater qu’elle se fragmente et qu’elle se virtualise. L’essor des outils technologiques, et plus particulièrement des réseaux sociaux, porte incontestablement une part de responsabilité dans cette fragilisation de la communauté. Car les réseaux sociaux tendent à dématérialiser le lien entre les individus. Et, plutôt que favoriser le débat d’idées constructif, ils servent souvent de caisse de résonance pour des propos mal informés ou carrément mensongers. En cela, ils font le lit des mouvances populistes, ils polarisent et durcissent le contexte politique, et ils participent à un essoufflement de la démocratie.
Dans le monde, mais aussi ici en Suisse, les exemples sont malheureusement toujours plus nombreux et inquiétants. Au point que des élus politiques dans notre pays non seulement expriment leurs inquiétudes mais décident même pour certains de quitter leurs fonctions, face à l’effritement de la culture du compromis et de la collégialité. Compromis et collégialité, là réside pourtant l’héritage suprême que nous ont légués nos ancêtres et ce qui a fait la stabilité et la prospérité de notre nation au fil des siècles.
En effet, la Suisse ne s’est pas bâtie sur la méfiance, avec des réflexions de court terme ou un esprit de polémique et de critique. Elle s’est construite sur la coopération, parfois chaotique, mais toujours sincère. Elle a privilégié une vision de long terme et un dialogue sur le fond des dossiers. Une progression par petits pas, en passant parfois par des solutions imparfaites, mais avec un horizon partagé. Ce sont ces valeurs-là – la solidarité, l’écoute, la volonté d’agir durablement pour le bien commun – que nous devons défendre à tout prix.
A l’échelle d’une commune comme Genthod, cela se traduit par la promotion du bien vivre-ensemble au quotidien. Par la promotion aussi du dialogue et du compromis, ce mot que certains confondent encore avec faiblesse, alors qu’il est la forme la plus subtile du courage politique. Car oui, c’est en s’engageant, en allant à la rencontre des autres, en osant le dialogue – même avec ceux qui ne pensent pas comme nous – que l’on construit un vrai tissu communal. Ce n’est d’ailleurs pas la fonction qui donne de la valeur à l’engagement, mais l’engagement qui peut donner de la valeur à la fonction.
Je me réjouis à cet égard du taux de participation régulièrement supérieur à la moyenne genevoise qu’affichent les électeurs de Genthod lors des dimanches de votations, lequel démontre d’un intérêt marqué pour la chose publique. Tout comme je me réjouis que le membre du Conseil municipal le mieux élu de cette nouvelle législature 2025-2030 soit âgé de 25 ans : quel formidable message par et pour la jeunesse ! Une jeunesse qui représente notre futur et qui attend des engagements concrets, des réponses sur le climat, l’environnement, la mobilité, la culture…
L’immobilisme, chers concitoyennes et concitoyens, n’est pas une option face aux nombreux défis actuels. Bien sûr que nous avons le devoir de préserver le magnifique cadre naturel et patrimonial gentousien. Mais préservation ne veut pas dire refus de la modernité ou rejet systématique du changement. Le défi pour chacune et chacun d’entre nous est le suivant : faire évoluer notre territoire et nos habitudes, en veillant à maintenir le ciment de notre communauté.
Permettez-moi donc de rendre hommage ce soir à toutes celles et ceux qui font vivre notre commune, ainsi que celle de Bellevue, au quotidien : les collaboratrices et collaborateurs communaux, le formidable tissu associatif – d’ailleurs souvent partagé entre les deux communes – les bénévoles, le personnel scolaire et parascolaire, et bien sûr les élus. Toutes et tous incarnent, par le biais des manifestations locales, des associations, des clubs sportifs, de l’école, de la Mairie, le vrai cœur de Genthod. Ce sont eux, les héritiers des Waldstätten.
Pour conclure, en ce 1er août 2025, pensons à ce que nous avons bâti ensemble. Et à tout ce que nous pouvons encore faire, pour autant que chacune et chacun accepte, parfois, de poser sa plume critique. Une communauté, c’est un effort collectif. C’est être là ensemble ce soir et c’est continuer, dès demain, à avancer ensemble.
Vive la Suisse, vive les communes de Bellevue et de Genthod et… vive la jeunesse qui saura, j’en suis convaincue, rendre ce monde un peu meilleur !